
Depuis 15 ans que je scrute les marchés financiers à
travers mes analyses, j'ai toujours vu la même règle
immuable : chaque fois que les opérateurs exagèrent, on
finira par le payer sur le marché.
Il y a bien sûr eu les grandes crises comme en 98 avec la crise
asiatique puis en 2000 avec la crise des technologiques mais je l'ai vu
maintes et maintes fois à travers des exagérations
beaucoup plus discrètes celle-là.
Souvenez-vous de ce fameux week-end en avril 2005 ou après avoir
ignoré les avertissements sur le problème inflationniste
et progresser envers et contre les marchés américains
nous nous sommes réveillés avec une gueule de bois de
plus de 8 % en trois séances.
Parfois c'est encore plus subtil, et après que le marché
ait continué sa hausse (ou inversement sa baisse) menée
par quelques titres seulement, l'ensemble de la cote finit par avoir
raison et tout ça rentre dans l'ordre.
Il n'est donc pas étonnant qu'aujourd'hui les marchés
finissent par tenir compte de tous les problèmes fondamentaux
que nous avons ignorés depuis plusieurs mois. Tout ce que
j'espère c'est que cet entêtement n'a pas
été trop fort car la liste des problèmes est
tellement longue que dans une situation d'extrême
fragilité psychologique, la crise sur le marché pourrait
vraiment être bien plus importante.
N'oublions jamais, le marché ne crash jamais d'en haut. Par
contre une fois que le doute est dans tous les esprits, que la
volatilité traduit la nervosité des opérateurs,
c'est la que la nouvelle de trop ou ce que j'appelle la rupture du
support psychologique peut entraîner une crise grave sur le
marché.
Depuis fin 2003, la volatilité très faible des
marchés actions avait transformé cet actif historiquement
risqué en opportunité quasiment garantie pour les
opérateurs. Cela a permis à des montagnes de
liquidités de se déverser sur tous les indices de la
planète et porté les marchés boursiers à
leur zénith. Le plus préoccupant, c'est que si ces sommes
considérables qui ont été placées là
en raison de l'absence de risque doivent s'en retirer car justement en
ce moment les risques deviennent bien plus importants, cela pourrait
avoir un effet dévastateur sur la cote.
Il n'est pas possible de répondre avec certitude à cette
question, néanmoins il est indispensable de garder à
l'esprit cette notion chaque fois que l'on va prendre une nouvelle
position.
Techniquement la situation est relativement intéressante dans un sens mais aussi assez frustrante dans l'autre.
Ce qui est intéressant, c'est de voir revenir un certain nombre
d'habitudes que l'absence de volatilité avait fait
disparaître sur le marché. La plus évidente d'entre
elles, c'est d'observer comment lors des fortes
accélérations les opérateurs se placent
essentiellement sur les très grosses capitalisations (car ils
n'ont pas le temps de trouver de la contrepartie sur les titres plus
petits), et comment dans les heures qui suivent ils arbitrent ses
positions en revendant une partie de leur grosses lignes pour se
positionner sur des plus petites.
Cela a été particulièrement évident lors du
rebond de mercredi ou le cac afficher plus de 2.5 % de hausse alors que
sans tenir compte de la pondération, le SDF 120 ne
terminé la séance qu'à 1 % de hausse. Le
lendemain, c'était l'effet inverse avec le cac est plongé
dans les premières heures alors que si on faisait à ce
moment-là le calcul de la variation sur le SBF120 toujours sans
tenir compte des pondérations, il continuait d'être en
progression.
Là où c'est beaucoup plus compliqué, c'est que la
vitesse et la volatilité rendent quasiment aveugle la plupart
des indicateurs techniques. Il faut donc se contenter d'une lecture
très prudente du marché, et de toute façon avec de
telles oscillations à très court terme, la plus grande
prudence est recommandée.
Quand on regarde ça de l'extérieur, la très forte
volatilité de ces périodes-là donne l'impression
que cela multiplie les opportunités et qu'en plus les gains sont
à la portée de la première opération venue.
Je le répète chaque fois que l'on est dans cette
situation, la volatilité est l'ennemi du trader car si
effectivement cela multiplie les opportunités, cela multiplie
également les risques et de manière bien plus importante.
Il y a donc une forte probabilité de rencontrer beaucoup plus
d'accidents que d'opportunité sur le marché. Pour preuve
les cinq gap extrêmement forts que nous avons vécus depuis
10 jours et qui était impossible à prévoir en
analysant la fin de séance parisienne. En portant ses positions
pour la nuit comme je le fait, on s'exposait donc à des pertes
importantes.
Il faut donc à tout prix réduire son exposition sur les marchés en fonction des risques présents.
Revenons-en au marché.
Le CAC 40 est dans une situation technique très fragile. Il
n'est pas du tout évident que l'on puisse aujourd'hui parier sur
un scénario pour les jours et les semaines à venir.
Je pense au contraire, que c'est l'actualité des prochaines
heures et les prochains jours qui va faire la différence entre
les prochains scénarios.
Le mieux c'est donc de préparer un plan de trading en fonction
de chacune des situations qui pourraient se présenter.
Hypothèse la plus optimiste :
la consolidation touche à sa fin, le marché a fortement
exagéré, la tendance moyen terme n'est pas remise en
question et nous reprendrons le train de la hausse dans les heures ou
dans les jours à venir.
Par le passé, et surtout sur le CAC 40, je n'aurais jamais
émis une telle hypothèse. Alors pourquoi cette fois-ci ?
Tout simplement parce que nous avons passé tellement de temps
à consolider avant le plongeon récent, qu'il se pourrait
bien que la période de consolidation soit largement suffisamment
longue pour que le marché et les ressources d'engager une
nouvelle impulsion haussière sans s'arrêter.
J'estime que cette hypothèse a une probabilité de réalisation de l'ordre de 15 %.
Hypothèse médiane :
la première phase de consolidation est terminée, le
marché va rebondir pendant une semaine à 10 jours, puis
nous allons avoir une autre impulsion baissière qui nous
permettra de tester la zone de 5500 points avant de repartir de l'avant
pour plusieurs mois.
Traditionnellement c'est l'hypothèse à laquelle nous sommes le plus habitué sur le cac.
Pour qu'elle puisse donc se valider il faut que le marché retrouve un flot de bonnes nouvelles dans les prochains jours.
Et j'estime que cette hypothèse a une probabilité de réalisation de l'ordre de 25 %.
Hypothèse la plus pessimiste :
le marché a dépassé les seuils de doute
psychologique et malgré un petit rebond technique, le flot de
mauvaises nouvelles qui pourraient alimenter la cote dans les
prochaines deux heures ou dans les prochains jours vont permettre aux
CAC 40 d'engager une nouvelle impulsion baissière qui pourrait
avoir la taille de la première. C'est à dire que ce
mouvement aurait le potentiel pour nous ramenés en dessous de
5200 points.
Le marché n'a pas consolidé de plus de 10 % depuis 2003.
La volatilité avait quasiment totalement disparu au point
d'être devenu anormal par rapport à l'historique. Nous
n'avons pas eu de crise boursière depuis 2002. Et surtout, nous
n'avons pas eu autant de problèmes fondamentaux qui s'empilent
les uns aux autres depuis tellement longtemps que j'ai du mal à
trouver une autre période où on avait accumulé
autant de risques sur les marchés actions.
L'exercice le plus facile pour s'en convaincre, c'est de passer en
revue les secteurs les uns après les autres pour voir ce qui
présente du potentiel. L'immobilier certainement pas, financier
et bancaire avec le problème des subprimes il convient
d'attendre, valeurs dollar la devise américaine n'a jamais
été aussi en danger, pétrolières si le
ralentissement de la croissance se confirme elles en seront les
premières victimes etc. etc.
Bien évidemment, le rôle des marchés financiers s'est d'anticiper ce
qui va se passer demain et peut-être que la liste précédente ne fait
que constater la situation actuelle est que très bientôt les choses
vont s'améliorer.
En fait, ma plus grande crainte dans la période
actuelle c'est qu'après quatre années de progression des marchés
d'actions dans un climat extrêmement serein et avec des risques très
faibles, les grands opérateurs se réveillent en estimant aujourd'hui
que le meilleur choix à faire c'est de se tourner vers une catégorie
d'actifs moins risqués. Dans ces conditions, le poids de plus en plus
important des fonds indiciels et celui de plus en plus lourd des
systèmes de trading, les conséquences pourraient vraiment être
ravageuses sur les indices.
Aucun trader n'a jamais disparu parce
qu'il avait raté un mouvement sur le marché, par contre travailler un
mouvement de trop conduit souvent à la perte.
Je recommande la plus grande prudence dans ces conditions de marché.
Un signal après l'autre.