ANALYSE Court Terme du 10 aout - 12h00 :

Quand on exagère, on le paye toujours !

Depuis 15 ans que je scrute les marchés financiers à travers mes analyses, j'ai toujours vu la même règle immuable : chaque fois que les opérateurs exagèrent, on finira par le payer sur le marché.
Il y a bien sûr eu les grandes crises comme en 98 avec la crise asiatique puis en 2000 avec la crise des technologiques mais je l'ai vu maintes et maintes fois à travers des exagérations beaucoup plus discrètes celle-là.
Souvenez-vous de ce fameux week-end en avril 2005 ou après avoir ignoré les avertissements sur le problème inflationniste et progresser envers et contre les marchés américains nous nous sommes réveillés avec une gueule de bois de plus de 8 % en trois séances.
Parfois c'est encore plus subtil, et après que le marché ait continué sa hausse (ou inversement sa baisse) menée par quelques titres seulement, l'ensemble de la cote finit par avoir raison et tout ça rentre dans l'ordre.

Il n'est donc pas étonnant qu'aujourd'hui les marchés finissent par tenir compte de tous les problèmes fondamentaux que nous avons ignorés depuis plusieurs mois. Tout ce que j'espère c'est que cet entêtement n'a pas été trop fort car la liste des problèmes est tellement longue que dans une situation d'extrême fragilité psychologique, la crise sur le marché pourrait vraiment être bien plus importante.
N'oublions jamais, le marché ne crash jamais d'en haut. Par contre une fois que le doute est dans tous les esprits, que la volatilité traduit la nervosité des opérateurs, c'est la que la nouvelle de trop ou ce que j'appelle la rupture du support psychologique peut entraîner une crise grave sur le marché.
Depuis fin 2003, la volatilité très faible des marchés actions avait transformé cet actif historiquement risqué en opportunité quasiment garantie pour les opérateurs. Cela a permis à des montagnes de liquidités de se déverser sur tous les indices de la planète et porté les marchés boursiers à leur zénith. Le plus préoccupant, c'est que si ces sommes considérables qui ont été placées là en raison de l'absence de risque doivent s'en retirer car justement en ce moment les risques deviennent bien plus importants, cela pourrait avoir un effet dévastateur sur la cote.

Il n'est pas possible de répondre avec certitude à cette question, néanmoins il est indispensable de garder à l'esprit cette notion chaque fois que l'on va prendre une nouvelle position.

Techniquement la situation est relativement intéressante dans un sens mais aussi assez frustrante dans l'autre.
Ce qui est intéressant, c'est de voir revenir un certain nombre d'habitudes que l'absence de volatilité avait fait disparaître sur le marché. La plus évidente d'entre elles, c'est d'observer comment lors des fortes accélérations les opérateurs se placent essentiellement sur les très grosses capitalisations (car ils n'ont pas le temps de trouver de la contrepartie sur les titres plus petits), et comment dans les heures qui suivent ils arbitrent ses positions en revendant une partie de leur grosses lignes pour se positionner sur des plus petites.
Cela a été particulièrement évident lors du rebond de mercredi ou le cac afficher plus de 2.5 % de hausse alors que sans tenir compte de la pondération, le SDF 120 ne terminé la séance qu'à 1 % de hausse. Le lendemain, c'était l'effet inverse avec le cac est plongé dans les premières heures alors que si on faisait à ce moment-là le calcul de la variation sur le SBF120 toujours sans tenir compte des pondérations, il continuait d'être en progression.

Là où c'est beaucoup plus compliqué, c'est que la vitesse et la volatilité rendent quasiment aveugle la plupart des indicateurs techniques. Il faut donc se contenter d'une lecture très prudente du marché, et de toute façon avec de telles oscillations à très court terme, la plus grande prudence est recommandée.

Quand on regarde ça de l'extérieur, la très forte volatilité de ces périodes-là donne l'impression que cela multiplie les opportunités et qu'en plus les gains sont à la portée de la première opération venue. Je le répète chaque fois que l'on est dans cette situation, la volatilité est l'ennemi du trader car si effectivement cela multiplie les opportunités, cela multiplie également les risques et de manière bien plus importante. Il y a donc une forte probabilité de rencontrer beaucoup plus d'accidents que d'opportunité sur le marché. Pour preuve les cinq gap extrêmement forts que nous avons vécus depuis 10 jours et qui était impossible à prévoir en analysant la fin de séance parisienne. En portant ses positions pour la nuit comme je le fait, on s'exposait donc à des pertes importantes.
Il faut donc à tout prix réduire son exposition sur les marchés en fonction des risques présents.

Revenons-en au marché.
Le CAC 40 est dans une situation technique très fragile. Il n'est pas du tout évident que l'on puisse aujourd'hui parier sur un scénario pour les jours et les semaines à venir.
Je pense au contraire, que c'est l'actualité des prochaines heures et les prochains jours qui va faire la différence entre les prochains scénarios.
Le mieux c'est donc de préparer un plan de trading en fonction de chacune des situations qui pourraient se présenter.

Hypothèse la plus optimiste :
la consolidation touche à sa fin, le marché a fortement exagéré, la tendance moyen terme n'est pas remise en question et nous reprendrons le train de la hausse dans les heures ou dans les jours à venir.
Par le passé, et surtout sur le CAC 40, je n'aurais jamais émis une telle hypothèse. Alors pourquoi cette fois-ci ? Tout simplement parce que nous avons passé tellement de temps à consolider avant le plongeon récent, qu'il se pourrait bien que la période de consolidation soit largement suffisamment longue pour que le marché et les ressources d'engager une nouvelle impulsion haussière sans s'arrêter.
J'estime que cette hypothèse a une probabilité de réalisation de l'ordre de 15 %.

Hypothèse médiane :
la première phase de consolidation est terminée, le marché va rebondir pendant une semaine à 10 jours, puis nous allons avoir une autre impulsion baissière qui nous permettra de tester la zone de 5500 points avant de repartir de l'avant pour plusieurs mois.
Traditionnellement c'est l'hypothèse à laquelle nous sommes le plus habitué sur le cac.
Pour qu'elle puisse donc se valider il faut que le marché retrouve un flot de bonnes nouvelles dans les prochains jours.
Et j'estime que cette hypothèse a une probabilité de réalisation de l'ordre de 25 %.

Hypothèse la plus pessimiste :
le marché a dépassé les seuils de doute psychologique et malgré un petit rebond technique, le flot de mauvaises nouvelles qui pourraient alimenter la cote dans les prochaines deux heures ou dans les prochains jours vont permettre aux CAC 40 d'engager une nouvelle impulsion baissière qui pourrait avoir la taille de la première. C'est à dire que ce mouvement aurait le potentiel pour nous ramenés en dessous de 5200 points.
Le marché n'a pas consolidé de plus de 10 % depuis 2003. La volatilité avait quasiment totalement disparu au point d'être devenu anormal par rapport à l'historique. Nous n'avons pas eu de crise boursière depuis 2002. Et surtout, nous n'avons pas eu autant de problèmes fondamentaux qui s'empilent les uns aux autres depuis tellement longtemps que j'ai du mal à trouver une autre période où on avait accumulé autant de risques sur les marchés actions.
L'exercice le plus facile pour s'en convaincre, c'est de passer en revue les secteurs les uns après les autres pour voir ce qui présente du potentiel. L'immobilier certainement pas, financier et bancaire avec le problème des subprimes il convient d'attendre, valeurs dollar la devise américaine n'a jamais été aussi en danger, pétrolières si le ralentissement de la croissance se confirme elles en seront les premières victimes etc. etc.



Je résume :

Bien évidemment, le rôle des marchés financiers s'est d'anticiper ce qui va se passer demain et peut-être que la liste précédente ne fait que constater la situation actuelle est que très bientôt les choses vont s'améliorer.
En fait, ma plus grande crainte dans la période actuelle c'est qu'après quatre années de progression des marchés d'actions dans un climat extrêmement serein et avec des risques très faibles, les grands opérateurs se réveillent en estimant aujourd'hui que le meilleur choix à faire c'est de se tourner vers une catégorie d'actifs moins risqués. Dans ces conditions, le poids de plus en plus important des fonds indiciels et celui de plus en plus lourd des systèmes de trading, les conséquences pourraient vraiment être ravageuses sur les indices.
Aucun trader n'a jamais disparu parce qu'il avait raté un mouvement sur le marché, par contre travailler un mouvement de trop conduit souvent à la perte.
Je recommande la plus grande prudence dans ces conditions de marché.
 


Plan de trade :


Un signal après l'autre.